Il y a un scénario que des milliers de consommateurs vivent chaque semaine : la page de suivi indique « Livré », mais le colis est introuvable. Le vendeur répond de contacter le transporteur. Le transporteur répond de contacter le vendeur. La boucle dure jusqu’à ce que le délai de contestation soit épuisé.

Cette situation est en grande partie fondée sur une confusion entretenue (volontairement ou non) entre les parties. Car le droit français est sans ambiguïté sur ce point.

Le principe : le vendeur est responsable jusqu’à la remise effective

L’article L221-15 du Code de la consommation est le texte central. Il dispose que le vendeur professionnel est responsable de plein droit, à l’égard du consommateur, de la bonne exécution des obligations résultant du contrat, que ces obligations soient exécutées par lui-même ou par d’autres prestataires de services, notamment le transporteur qu’il a lui-même mandaté.

Le professionnel est responsable de plein droit à l’égard du consommateur de la bonne exécution des obligations résultant du contrat conclu à distance, que ces obligations soient exécutées par le professionnel qui a conclu ce contrat ou par d’autres prestataires de services, sans préjudice de son droit de recours contre ceux-ci.

Article L221-15 du Code de la consommation

En clair : le contrat de transport est conclu entre le vendeur et le transporteur, pas entre vous et le transporteur. Vous n’avez aucune obligation contractuelle envers le prestataire logistique retenu par le vendeur. Votre interlocuteur légal reste exclusivement le vendeur.

Il peut ensuite se retourner contre son transporteur : c’est son problème, pas le vôtre.

Ce que « livré » signifie juridiquement

La mention « Livré » sur un outil de suivi ne vaut pas preuve de livraison au sens juridique. Pour que la livraison soit considérée comme accomplie, le colis doit avoir été remis à vous personnellement, ou à une personne que vous avez désignée pour le recevoir.

Les cas litigieux les plus fréquents :

  • Déposé devant la porte sans signature ni accord préalable de votre part
  • Remis à un voisin sans autorisation explicite
  • Scan frauduleux ou abusif : le livreur scanne « livré » sans effectuer la tournée
  • Point relais : le colis est considéré livré à partir de la remise en point relais si vous avez choisi ce mode de livraison, mais le vendeur reste responsable si le colis arrive endommagé ou disparaît avant votre passage (pour un colis arrivé abîmé, la procédure relève alors de la responsabilité du transporteur)

Dans tous ces cas, la charge de la preuve repose sur le vendeur : c’est à lui de démontrer que la livraison a bien été accomplie, pas à vous de prouver que vous ne l’avez pas reçu.

La démarche à suivre, pas à pas

1. Vérifier les délais contractuels

Avant toute réclamation formelle, assurez-vous que le délai de livraison annoncé au moment de la commande est bien dépassé. La loi (Art. L216-1 Code de la consommation) impose au vendeur de livrer au plus tard 30 jours après la conclusion du contrat, sauf délai spécifique indiqué.

2. Envoyer une mise en demeure écrite au vendeur

C’est l’étape que la plupart des consommateurs sautent, préférant le chat ou le téléphone. Or, sans trace écrite, il n’existe aucune preuve de votre démarche.

Envoyez un e-mail avec accusé de réception ou un courrier recommandé, en indiquant :

  • Le numéro de commande et la date
  • Le mode de livraison contractuel et la date de livraison promise
  • Le fait que vous n’avez pas reçu le colis
  • Une demande de livraison sous 15 jours ou, à défaut, de remboursement intégral

Conservez cet envoi et toute réponse reçue.

3. Demander le remboursement si la livraison n’intervient pas

Si le vendeur ne livre pas dans le délai que vous lui avez imparti, vous êtes en droit d’annuler la commande et d’exiger un remboursement complet. L’article L216-3 du Code de la consommation impose au vendeur de vous rembourser dans un délai de 14 jours suivant la résolution du contrat. Au-delà, des majorations légales s’appliquent automatiquement. Pour les commandes encore livrées dans le délai prévu mais que vous souhaitez annuler par changement d’avis, le mécanisme à mobiliser est différent : le droit de rétractation de 14 jours prévu pour la vente à distance.

À retenir

Le bon interlocuteur en trois points

1 · Ignorez le transporteur : votre contrat est avec le vendeur, pas avec lui.

2 · Écrivez, toujours : un chat ou un appel téléphonique n'existe pas juridiquement.

3 · Invoquez L221-15 explicitement dans votre mise en demeure : cela change souvent le ton de la réponse.

Cas particulier : le point relais

Le point relais soulève une question fréquente : à quel moment le vendeur est-il libéré de sa responsabilité ?

La réponse dépend de qui a choisi ce mode de livraison. Si c’est vous qui avez opté pour le retrait en point relais lors de la commande, la livraison est réputée accomplie dès la mise à disposition du colis au point relais, sous réserve que vous en ayez été notifié. En revanche, si le vendeur vous a unilatéralement redirigé vers un point relais alors que vous aviez choisi la livraison à domicile, il reste pleinement responsable.

Dans tous les cas, si le colis est introuvable au point relais au moment où vous vous y présentez, c’est encore le vendeur qui doit répondre.

Quand le vendeur refuse ou ne répond pas

Si la mise en demeure reste sans effet ou si le vendeur oppose un refus catégorique, plusieurs voies sont disponibles.

Le chargeback bancaire est souvent le recours le plus rapide : contactez votre banque ou votre émetteur de carte pour contester le paiement. Ce droit découle de la directive européenne sur les services de paiement (DSP2). Le délai est généralement de 120 jours à compter de la date de débit, mais vérifiez les conditions propres à votre établissement.

La médiation de la consommation est obligatoirement proposée par tout e-commerçant opérant en France. La Fevad (Fédération du e-commerce) dispose de son propre médiateur, accessible gratuitement. La procédure est entièrement en ligne et aboutit dans un délai moyen de 90 jours.

La juridiction de proximité reste une option pour les litiges inférieurs à 5 000 €. La procédure est sans représentation obligatoire par avocat, et le taux de succès dans ce type de litige bien documenté est élevé.


Un colis non reçu n’est jamais une fatalité, mais il exige une méthode. La principale erreur reste de disperser son énergie vers le mauvais interlocuteur. Le vendeur a mandaté le transporteur, le vendeur vous rembourse. C’est aussi simple que cela. Une fois le bien effectivement reçu, c’est la garantie légale de conformité qui prend le relais pour deux ans en cas de défaut.

Questions fréquentes

01 Qui est responsable lorsqu'un colis n'arrive pas ?

Le vendeur, et lui seul. L'article L221-15 du Code de la consommation prévoit la responsabilité de plein droit du vendeur professionnel pour la livraison, y compris lorsque celle-ci est confiée à un transporteur tiers.

02 Quel délai a le vendeur pour livrer puis rembourser ?

L'article L216-1 fixe un délai maximal de 30 jours pour la livraison, à défaut de stipulation contraire. Une fois le contrat résolu, le vendeur dispose de 14 jours pour rembourser intégralement (L216-3), au-delà desquels des majorations légales s'appliquent automatiquement.

03 Que faire si le suivi indique « livré » mais que je n'ai rien reçu ?

La mention « livré » sur un outil de suivi ne constitue pas une preuve juridique. La charge de la preuve repose sur le vendeur, qui doit démontrer la remise effective au destinataire ou à une personne désignée.

04 Peut-on contester le paiement auprès de sa banque ?

Oui, le chargeback bancaire est une voie ouverte par la directive européenne DSP2, généralement dans un délai de 120 jours à compter du débit. Les conditions précises dépendent de l'établissement émetteur de la carte.