Recevoir une lettre de son établissement bancaire annonçant la clôture de son compte est une situation déstabilisante. Pourtant, cette démarche est encadrée par des règles précises que l’établissement doit respecter sous peine de s’exposer à des recours. À l’inverse, un refus d’ouverture de compte ne constitue pas une impasse : la loi prévoit une procédure spécifique pour contourner ce refus et obtenir l’accès à des services bancaires de base. Si la clôture intervient alors qu’un crédit conso était lié à ce compte, la question du TAEG du crédit peut se poser et constituer un levier complémentaire.

Le droit au compte : un droit fondamental consacré par la loi

L’article L312-1 du Code monétaire et financier pose le principe du droit au compte. Toute personne physique ou morale domiciliée en France, ainsi que toute personne physique de nationalité française résidant hors de France, dépourvue d’un compte de dépôt, a droit à l’ouverture d’un tel compte dans l’établissement de crédit de son choix.

Toute personne physique ou morale domiciliée en France, dépourvue d’un compte de dépôt, a droit à l’ouverture d’un tel compte dans l’établissement de crédit de son choix.

Article L312-1 du Code monétaire et financier

Ce droit s’applique y compris aux personnes inscrites au fichier des interdits bancaires (FCC) ou au fichier des incidents de remboursement des crédits (FICP). L’existence d’incidents passés n’est pas un motif légal de refus d’ouverture d’un compte de dépôt.

La clôture à l’initiative de la banque : un préavis obligatoire de deux mois

Un établissement de crédit peut décider de clôturer unilatéralement un compte de dépôt à durée indéterminée. Cette faculté est reconnue par la loi, mais elle est strictement encadrée dans sa mise en oeuvre.

L’article L312-1-1 du Code monétaire et financier prévoit que l’établissement doit notifier sa décision au titulaire du compte par courrier ou par tout autre support durable, et respecter un délai de préavis d’au moins deux mois avant la date effective de clôture.

Ce préavis de deux mois est un minimum légal. Une convention de compte peut prévoir un préavis plus long, mais jamais plus court. Si l’établissement procède à la clôture sans respecter ce délai, le client dispose d’un fondement pour contester la régularité de la procédure.

Pendant la période de préavis, le compte reste pleinement opérationnel. L’établissement ne peut pas bloquer les opérations courantes avant l’expiration du délai.

L’absence d’obligation de motivation

Sur ce point, la loi est moins protectrice pour le client : l’établissement n’est pas tenu de motiver sa décision de clôture. Il peut décider de mettre fin à la relation bancaire sans avoir à en exposer les raisons, dès lors qu’il respecte le préavis.

Cette asymétrie est inhérente à la liberté contractuelle qui régit les relations entre un établissement et ses clients. Elle est toutefois tempérée par l’existence du droit au compte, qui garantit au client clôturé la possibilité d’obtenir un autre accès bancaire.

À retenir

Les règles applicables à la clôture

1 · Préavis obligatoire de deux mois minimum avant toute clôture décidée par l'établissement, notifié par écrit.

2 · La banque n'est pas tenue de motiver sa décision, mais elle doit respecter scrupuleusement la procédure.

3 · Le client clôturé conserve intégralement son droit au compte et peut saisir la Banque de France dès réception de la notification.

Refus d’ouverture : la procédure de droit au compte devant la Banque de France

Lorsqu’un établissement refuse d’ouvrir un compte à une personne qui en fait la demande, ou lorsqu’un client se retrouve sans compte à la suite d’une clôture, la procédure de droit au compte permet d’obtenir la désignation d’un établissement par la Banque de France.

Obtenir une attestation de refus

La première étape consiste à demander à l’établissement qui a refusé ou clôturé le compte une attestation de refus. Cet établissement est tenu de la délivrer, conformément à l’article L312-1 du Code monétaire et financier. Cette attestation est le document déclencheur de la procédure.

En pratique, certains établissements hésitent à remettre ce document. Il est recommandé d’en faire la demande par écrit, en citant l’article L312-1 du Code monétaire et financier, afin de conserver une trace de la démarche et d’établir, en cas de refus de délivrance, un manquement de l’établissement à ses obligations légales.

Saisir la Banque de France

Muni de l’attestation de refus, le client peut saisir la Banque de France en vue de faire désigner un établissement. La saisine peut s’effectuer directement en succursale ou par voie postale. La Banque de France peut également être saisie directement par le client lorsque l’établissement refuse de délivrer l’attestation.

La Banque de France dispose d’un délai d’un jour ouvré pour désigner un établissement de crédit qui sera alors tenu d’ouvrir un compte de dépôt au demandeur. L’établissement désigné ne peut pas refuser.

Les services inclus dans le compte désigné

Le compte ouvert dans le cadre du droit au compte donne accès à un ensemble de services bancaires de base, définis par décret. Ces services comprennent notamment : l’ouverture, la tenue et la clôture du compte, la délivrance d’un relevé d’identité bancaire, les virements et prélèvements, une carte de paiement à autorisation systématique, et la consultation du solde.

Ces services sont fournis gratuitement par l’établissement désigné.

La clôture pendant une procédure de surendettement : une protection supplémentaire

Lorsqu’un dossier de surendettement a été déclaré recevable par la commission de surendettement, la situation du client bénéficie d’une protection renforcée. La clôture du compte dans ce contexte peut être considérée comme portant atteinte aux intérêts du débiteur et est susceptible de faire l’objet d’une saisine du juge des contentieux de la protection.

Il ne s’agit pas d’une interdiction légale absolue de clôturer dans ce cas, mais la procédure de surendettement constitue un élément de contexte que le médiateur bancaire ou le juge peut prendre en considération lors de l’examen d’une éventuelle contestation.

Recours disponibles en cas de clôture irrégulière

La réclamation écrite auprès de l’établissement

Si le préavis de deux mois n’a pas été respecté, ou si la notification n’a pas été faite par écrit sur un support durable, le client peut formuler une réclamation écrite auprès du service client, en citant l’article L312-1-1 du Code monétaire et financier. Cette réclamation doit préciser le manquement constaté et demander soit la régularisation de la procédure, soit un dédommagement.

La saisine du médiateur bancaire

En l’absence de réponse satisfaisante dans les deux mois suivant la réclamation, le client peut saisir le médiateur bancaire de l’établissement. La saisine est gratuite et suspend le délai de prescription. Le médiateur dispose de 90 jours pour formuler une proposition de solution, que chacune des parties est libre d’accepter ou de refuser.

Le recours judiciaire

Pour une clôture dont l’irrégularité de forme est établie, ou en cas de préjudice démontrable lié au non-respect du préavis (opérations bloquées, frais d’incidents engendrés), le juge des contentieux de la protection reste accessible, sans représentation obligatoire pour les litiges inférieurs à 5 000 euros.

Ce que la banque ne peut pas faire

L’établissement ne peut pas clôturer un compte sans préavis ni notification écrite. Il ne peut pas non plus bloquer les opérations courantes avant l’expiration du délai de deux mois. Enfin, il ne peut pas refuser de délivrer l’attestation de refus ou de clôture nécessaire à l’exercice du droit au compte devant la Banque de France.


La clôture d’un compte bancaire à l’initiative de l’établissement est une décision légale, mais encadrée par des obligations procédurales précises. Le droit au compte garantit qu’aucune personne domiciliée en France ne peut se retrouver durablement sans accès à des services bancaires de base. La connaissance de ces deux mécanismes suffit souvent à orienter efficacement une démarche de recours. Lorsque la clôture intervient sur fond de contentieux récurrent sur des frais bancaires jugés excessifs, les deux problématiques doivent être traitées en parallèle.

Questions fréquentes

01 La banque peut-elle clôturer mon compte sans motif ?

Oui, mais en respectant un préavis de deux mois et une notification écrite (article L312-1-1 du Code monétaire et financier). La clôture sans préavis ni écrit est abusive.

02 Que faire en cas de refus d'ouverture de compte ?

Demander une attestation écrite de refus, puis saisir la Banque de France au titre du droit au compte. Celle-ci désigne d'office un établissement tenu de fournir les services bancaires de base.

03 Le droit au compte donne-t-il accès à tous les services ?

Non, il garantit uniquement des services bancaires de base définis par décret : tenue de compte, encaissement de chèques et virements, carte de paiement à autorisation systématique notamment.

04 Peut-on contester une clôture jugée abusive ?

Oui, par saisine du médiateur bancaire après réclamation écrite restée sans réponse satisfaisante sous deux mois. La voie judiciaire reste ouverte si la médiation échoue.